L’amour fait du bien

View Gallery
4 Photos
L’amour fait du bien
Mariève

« Le garder en vie, c’est peut-être ça qui m’a gardée en vie moi aussi. »

L’amour fait du bien
Mariève

« Les gens disent que, dans un vieux couple, ce n’est plus pareil. Moi, je suis chanceuse, c’est encore mieux. »

L’amour fait du bien
Mariève

« Dans mes rêves, Robin pleure, mais il me dit qu’il est bien. »

L’amour fait du bien
Mariève

« Malgré tout ce que j’ai pu vivre, j’aime la vie. »

Il y a des moments dans une vie où tout semble être sur pause. La maladie, la mort, les épreuves difficiles ont ce pouvoir de nous couper du quotidien, du déroulement normal de notre vie… de nos pulsions sexuelles aussi. Mariève est bien placée pour en parler. La vie n’a pas été tendre avec elle : complication au niveau de la santé, une séparation difficile, mais surtout le décès tragique de son fils Robin, alors qu’il n’avait que sept ans.

J’avais déjà le cœur gros en me levant le matin de l’entrevue. Il était évident que de discuter de la mort d’un enfant, arrivée il y a à peine quatre ans, en juillet 2013, n’allait pas être facile. Cela était cependant nécessaire pour aborder le vif du sujet : la sexualité lors de moments difficiles.

Mariève m’a accueillie dans sa charmante maison de L’Île-Perrot. Le ciel était d’un bleu clair et le soleil était radieux. Le décor parfait pour un sujet aussi sombre. Nous avions un petit verre de vin blanc à la main; l’entrevue pouvait commencer.

Mariève a 41 ans. Depuis neuf ans, elle vit le parfait amour avec son conjoint Jochen. Ils se sont même fiancés au jour de l’an. Elle l’a rencontré après s’être séparée du père de son fils Robin. Elle me raconte son accouchement qui n’a pas été facile et qui s’est terminé en césarienne, dû à ses antécédents de santé, un travail qui a duré 36 heures.

Mariève avait 30 ans lorsqu’elle a tenu dans ses bras son petit bonhomme, le 23 février 2006, le lendemain de sa naissance. Elle est rentrée à la maison avec son petit bébé, mais sa vie était loin d’être le long fleuve tranquille auquel on aurait pu s’attendre. Disons que sa relation conjugale avec le père n’était pas des plus douces. Elle s’est séparée en juillet 2007, alors que son fils avait un peu plus d’un an.

« Malgré tout ce que j’ai pu vivre, j’aime la vie. »

Mariève sourit, se remémorant à quel point Robin était un bon bébé. Il dormait quatre heures d’affilée, buvait, puis était reparti dans les bras de Morphée pour un autre quatre heures. Il ne pleurait pas quand il perçait ses dents. Même quand il a eu des otites, sa mère ne l’entendait pas chialer. Un vrai charme. Plus tard, il était bon à l’école et obtenait des 100 %.

Comme n’importe quelle maman, Mariève peut se perdre à travers les nombreuses anecdotes sur son fiston. Elle l’a toujours gardé en vie. Ceux qui ne connaissent pas la mère pourraient même penser que le rire de son fils résonne toujours dans la maison et que ses petites autos traînent encore dans un coin.

Une fin tragique

De 2007 à 2013, Mariève s’est battue pour avoir la garde complète de son fils, mais ne l’a jamais obtenue. Elle était toujours inquiète lorsqu’il partait chez son père pour quelques jours. Elle ne trouvait pas son ancien conjoint responsable, voire totalement irresponsable par moments. C’est avec la peur au ventre qu’elle laissait partir Robin. Elle n’était rassurée que lorsqu’elle le serrait dans ses bras à son retour. Puis, un jour, il n’est pas revenu.

« Il l’a amené au barrage Hydro-Québec à Pointe-des-Cascades. Il y a des gens qui font du camping là, mais c’est interdit et la baignade n’est pas autorisée, car il y a des risques de noyade. Ils ont fait du camping là. Le dimanche, Robin était sur une roche, où il y a les gros barrages, et il est tombé dans l’eau. Son père a essayé d’aller le chercher, mais il n’a jamais réussi », relate Mariève.

C’est à ce moment de l’entrevue que la boîte de papiers-mouchoirs est apparue sur la table de cuisine, à côté des verres de vin, et elle ne nous a pas quittées du reste de l’après-midi. Bien que cela fasse quatre ans, il est encore difficile pour Mariève de se souvenir de ces moments sans verser quelques larmes.

Elle affirme avoir compris qu’il était arrivé une catastrophe, dès la seconde où elle a vu le policier devant sa porte. Sa prémonition était vraie : son fils n’était pas en sécurité avec son père.

« Dans mes rêves, Robin pleure, mais il me dit qu’il est bien. »

Une touche de surnaturel

Il faut être ouvert d’esprit pour croire aux propos de Mariève lorsqu’elle raconte qu’autant elle avait un mauvais feeling quand son ex prenait son fils, autant Robin savait qu’il allait mourir. En fait, elle croit même que son petit garçon était une réincarnation.

« Tous les jours, il est là. Tous les jours, je lui parle. Je ne suis pas une croyante, mais le soir je lui parle beaucoup. Je crois à la réincarnation et je sais qu’il m’écoute. Robin savait qu’il allait mourir. À trois ans, il me disait : “ Maman, dans une autre vie, tu étais là, mais tu n’étais pas ma mère. Une autre fois, un mois avant son décès, il a demandé à ma mère quel âge elle aurait quand il allait mourir ”, donne Mariève comme exemples.

Les spécialistes qu’elle a consultés après la mort de son fils croient que si son deuil a été moins atroce que ce que l’on pourrait croire, c’est qu’inconsciemment elle s’y était préparée pendant les cinq années entre sa séparation et le décès.

« Le garder en vie, c’est peut-être ça qui m’a gardée en vie moi aussi. »

Dans son cocon

Mariève rigole en se remémorant la petite mouche qui avait élu domicile dans sa cuisine pendant plusieurs semaines après le décès de son fils. Était-ce Robin qui veillait sur son monde ou qui disait un dernier au revoir à sa maison et à ses proches?

Pour passer au travers de cette épreuve difficile, Mariève souligne qu’elle a pu compter sur le soutien de sa famille et de ses amies, mais plus particulièrement sur celui de son conjoint.

« Mon chum était là, beaucoup. Il m’a fait vraiment du bien. Si je ne l’avais pas eu, je ne sais pas ce que j’aurais fait. C’était la personne parfaite pour moi à ce moment-là, et encore aujourd’hui. Depuis que je l’ai rencontré, l’amour monte tout le temps », dit-elle à propos de son homme, qu’elle décrit comme un gars au grand cœur, calme, travaillant et digne de confiance.

Bien qu’elle aime son partenaire à la folie et que leurs relations intimes étaient assez fréquentes quand Robin était vivant, Mariève avoue que le deuil les avait coupés de tout désir sexuel.

« Je ne pensais juste pas à ça. Mon chum, qui parle toujours de sexe en joke, lui non plus n’en parlait pas. Ce n’était pas dans nos priorités, ni dans nos pensées. On n’avait pas le besoin… On se collait et on se faisait des câlins. C’est de ça que j’avais besoin », précise Mariève.

En août 2013, elle est retournée travailler. Tourner en rond dans sa maison ne servait à rien, alors que travailler l’aidait à occuper son esprit. Certains ont jugé son choix, car à peine un mois s’était écoulé depuis le décès de son fils. Elle persiste à dire, quatre ans plus tard, que son travail l’a beaucoup aidée à remonter la pente.

Revenir à la vie

Sortir de la maison, reprendre le travail, faire l’amour… autant d’étapes que Mariève a franchi un pas à la fois, à son rythme. Ses yeux brillent et ses joues rosissent lorsqu’elle ressort son souvenir d’un après-midi sous la douche avec son conjoint, trois semaines après le départ de Robin. Mariève a un côté réservé, mais en même temps elle est un véritable livre ouvert. Elle me raconte que c’est elle qui a fait les premiers pas, ce jour-là.

« C’est mon travail qui m’a sauvée, car j’étais chez moi et je ne faisais rien. De plus, mon travail c’est ma passion. »

« Cette fois-là, ç’a été comme si je voyais mon chum tellement plus grand, tellement plus protecteur… Dans ma tête et dans le feeling, ce n’était pas la même chose. On était ailleurs. Ça m’a fait du bien et ç’a été un moment où j’ai juste pensé à nous deux, et non pas à Robin et à ce que je vivais. C’était comme si j’étais dans un rêve. Avec un décès d’enfant, je pense que parfois, quand l’enfant n’est plus là, le couple ne tient plus parce qu’il y avait un lien à travers l’enfant. Si tu aimes ton conjoint, je crois que ça te raccroche et ça t’aide. Ce n’est pas une relation sexuelle, c’est plus dans le cœur et dans la tête », raconte-t-elle avec émotion, précisant qu’une fois qu’elle eut repris ses esprits, elle a pensé à son fils. D’où il était, il pouvait les avoir vus faire l’amour… « Je lui ai dit : Robin, c’est comme ça qu’on fait des bébés », ajoute Mariève en rigolant.

Cette première fois après le décès est gravée à tout jamais dans sa mémoire. Elle tient cependant à préciser que cela a pris environ un an avant que sa vie reprenne son cours plus normal et que les relations sexuelles soient régulières.

Tranquillement, le goût de la vie a repris le dessus. Celle qui aime la bonne bouffe et le vin a ressorti ses livres de cuisine. Elle a recommencé à rêver. Rêver de voyage, d’ouvrir un petit resto-pub, d’avoir un autre enfant. Si elle a vécu un merveilleux voyage en Italie, son désir d’avoir un autre bébé reste inassouvi.

Quand on lui demande si elle était une bonne maman, Mariève répond qu’elle pense que oui. « Il n’a manqué de rien, sauf de rester avec moi et que Jochen soit son père », lance-t-elle, une larme à l’œil. Son fils était son amour. Pendant sept années, elle l’a amené partout avec elle. Après son décès, elle s’est fait faire un tatouage avec son nom, sur son poignet, pour qu’il continue d’être avec elle chaque seconde de sa vie.

Robin ne la quittera jamais totalement. Il est dans ses pensées, dans sa peau, dans son cœur, dans ses conversations… peut-être même réincarné dans son chien, blague la mère de Mariève.

Si une machine à voyager dans le temps existait, Mariève voudrait, bien entendu, changer le cours des choses, mais elle donnerait aussi n’importe quoi pour retourner s’asseoir par terre au milieu de la cuisine pour jouer aux petites voitures avec son fils.

« Les gens disent que, dans un vieux couple, ce n’est plus pareil. Moi, je suis chanceuse, c’est encore mieux. »

1 Comment
  1. Bravo Marie-Eve tu as un courage à tout épreuve, Ton beau Robin revit en toi, il te donne la force de continer à vivre et à être heureuse. comme tu le mérite.

    Bravo Marie-Eve et contue de foncer Robin sera toujours près de toi.

    je t’aime beaucoup.

    Marie-France

Leave a Reply

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>