Lise Dubé pas tuable

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Lise Dubé
Lise Dubé pas tuable

« J’ai beaucoup de limitations, mais ce n’est rien à côté de ce qui aurait pu être. On profite de la vie, car il n’y a pas de lendemain qui est garanti. »

Lise Dubé
Lise Dubé pas tuable

« J’adorais le Grand Tour. C’était mon neuvième. J’adorais ça comme vacances. Je trouvais ça relaxant et le fun. Je ne serais jamais capable d’y retourner. Je ne me sentirais pas en sécurité. »

Quand deux accidents de vélo graves nous envoient à l’hôpital, qu’on frôle la mort et que physiquement on est hypothéquée, est-ce qu’on en veut à la vie? Ce n’est pas l’attitude que Lise Dubé a choisie. Elle s’est plutôt dit qu’elle n’était pas tuable. Elle savoure chaque jour, tous les nouveaux défis et chacune des sorties de course à pied qui la rapproche de son prochain objectif : courir un marathon.

Habitant à deux pas de la piste cyclable du canal de Soulanges, aux Cèdres, Lise Dubé adorait faire du vélo. Elle avait commencé à en faire à la fin des années 1990. Puis, la course a fait son entrée dans sa vie en 2006 quand sa plus jeune fille s’est jointe au Club de triathlon Tri-O-Lacs. Comme elle devait l’attendre pendant ses entraînements, elle est entrée au Club comme adulte.

La passion pour le sport est arrivée tardivement dans sa vie, après que les enfants aient grandi un peu. Élever trois enfants, ça grugeait beaucoup de temps, raconte-t-elle. En avril 2009, alors qu’elle était au chômage et que le printemps était particulièrement précoce, elle avait déjà atteint son premier 1000 km de l’année. Elle s’en souvient un sourire aux lèvres. C’était exceptionnel.

Le 29 avril 2009, Lise Dubé a enfourché son vélo. Sur la piste cyclable, elle a croisé une connaissance. Ils ont décidé de rouler ensemble. Ils se connaissaient peu. L’autre cycliste était moins expérimenté. Lors d’une fausse manœuvre, les roues des cyclistes, qui roulaient à grande vitesse, se sont touchées : chute brutale. Lise a été blessée gravement : quatre fractures du bassin, une fracture du sacrum, deux vertèbres fracturées, une côte fracturée, entorse à une cheville ainsi qu’une tendinite post-traumatique à l’épaule gauche. Après un séjour de dix jours à l’hôpital de Valleyfield, elle a été transférée au centre d’hébergement à Vaudreuil où elle a été alitée pendant trois interminables mois.

Repartir à zéro

Au moment où elle a eu son accident, Lise Dubé était en processus de séparation et sa maison était à vendre. Pendant sa guérison, la vie n’a pas arrêté de rouler. La maison a été vendue et le divorce a été signé.

« J’ai fait beaucoup de bénévolat dans ma vie. Ça m’est revenu au centuple. »

« Quand je suis sortie du centre d’hébergement, j’étais en fauteuil roulant. Je n’avais pas d’endroit où aller. Je n’avais plus de maison et je n’étais pas capable de prendre soin de moi-même. Je suis allée rester chez mes parents, pendant six mois, le temps de me replacer », révèle-t-elle.

Comme un contre coup à la malchance, sa bonne étoile a fait entrer Éric dans sa vie. Avant d’embarquer dans l’ambulance, elle l’avait contacté pour lui demander de récupérer son vélo sur le lieu de l’accident. C’était un ami avec qui elle faisait du ski et du vélo. Lise est remplie d’émotion en racontant comment il est débarqué sur les lieux, a réconforté sa fille Camélia et l’a soutenue tout au long de sa convalescence.

« Éric a été à l’hôpital et au centre d’hébergement tous les jours. Si bien que, lorsque je suis sortie de là, on sortait ensemble. Il n’y a jamais personne qui a pris soin comme ça de moi, à part ma mère quand j’étais aux couches. Et là, j’étais pratiquement aux couches, car je ne pouvais pas me lever », ajoute-t-elle, soulignant qu’elle en a pris des marches avec son amoureux, c’était l’une des seules activités qu’elle pouvait faire après avoir laissé tomber les béquilles.

« Ce que j’hais le plus me faire dire c’est “ je ne me plaindrai pas de mes petits bobos ”. Bien non. Tu as le droit. Je n’ai pas le monopole de la douleur. »

Relever la tête

Lise se décrit comme une personne aimant les défis. Les activités d’officielle dans le triathlon sont toujours restées très présentes pendant sa convalescence. Une autre manière de participer aux événements, en attendant de reprendre la forme. Petit à petit, elle a recommencé ses activités et l’entraînement. À l’automne 2010, elle courait un cinq kilomètres.

« Éric et moi on a fait le Grand Tour en Ontario, en 2011. Au printemps 2012, on a fait ensemble le demi-marathon d’Ottawa. J’avais réussi à reprendre mes activités, malgré que je devais réapprendre la technique de course et suivre beaucoup de traitements de chiro et de physio. On voulait refaire le Grand Tour de Vélo Québec. On était super entraînés pour le Grand Tour en Gaspésie », relate Lise. Ses yeux brillants pendant qu’elle se livre ne laissent pas de doute : un autre événement dramatique allait lui mettre des bâtons dans les roues.

« J’adorais le Grand Tour. C’était mon neuvième. J’adorais ça comme vacances. Je trouvais ça relaxant et le fun. Je ne serais jamais capable d’y retourner. Je ne me sentirais pas en sécurité. »

Maudit vélo

Un grand tour, c’est comme une grande fête pour les amoureux de vélo. Le jour, ils profitent de la beauté du paysage et roulent. Le soir, ils relaxent en compagnie des autres cyclistes et d’une bonne bouteille de vin. Le circuit gaspésien comporte son lot de défis étant donné les dénivelés, mais Lise et Éric étaient bien entraînés. Tout allait bien et ils s’amusaient. La quatrième journée, le 8 août 2012, le conducteur d’un des véhicules de sécurité s’est endormi au volant et les a percutés de dos à 80 km à l’heure.

« Je me suis réveillée, j’étais au sol. Il y avait une madame avec un casque de vélo qui me disait ‘‘ne bougez pas, je suis médecin ’’. Je ne voyais pas Éric parce que j’étais sur le ventre. Lui, il me voyait. Au départ, il pensait que j’étais morte », se souvient Lise. Elle pouvait bouger ses orteils. C’était la bonne nouvelle du jour, alors qu’elle avait un traumatisme crânien en plus d’avoir plusieurs fractures de vertèbres au niveau lombaire et dorsale, le nez fracturé, des brûlures sur 80 % de la surface du dos et la coiffe des rotateurs au niveau de l’épaule gauche déchirée.

Son conjoint a été opéré en Gaspésie pour un coude complètement éclaté. Lise a été transportée par avion au centre de traumatologie de l’hôpital de Québec où on l’a opérée le 9 août pour fusionner cinq vertèbres. Trois semaines après son opération, Lise est rentrée chez elle. Elle se réjouissait parce qu’elle pouvait marcher, mais elle allait passer six mois en corset. C’est sa fille Claudelle, âgée de 15 ans, qui s’est occupée d’elle quotidiennement, Éric étant lui aussi en guérison.

Priorité à la famille

Quand on lui parle de ses trois enfants, Lise sourit tendrement. Camélia, Guillaume et Claudelle sont sa fierté. Elle les trouve intelligents, des jeunes adultes capables de penser par eux-mêmes. Sa famille est ce qu’il y a de plus important dans sa vie. Quand ils sont tous ensemble et qu’ils jouent à des jeux de société, son cœur de mère ne pourrait être plus comblé. Elle porte une attention particulière à ces moments depuis son deuxième accident. La vie s’est chargée de lui apprendre à vivre le moment présent, car il n’y a aucune garantie pour le lendemain.

Après son accident en 2012, Lise a encore une fois dû remonter la pente. L’épreuve a été difficile physiquement, mais aussi mentalement. Engagée dans divers organismes et dans sa communauté, Lise avait donné beaucoup de son temps, entre autres, pour le Club de triathlon Tri-O-Lacs, pour le Défi plein air Suroît, à Triathlon Québec, à Loisir et Sport Montérégie et au Club de patinage de vitesse des Trois-Lacs. Elle a d’ailleurs reçu le Prix du bénévolat en loisir et en sport Dollard-Morin, en 2014, pour son dévouement comme bénévole. Après son accident, elle a accepté avec gratitude le retour du balancier et l’aide que les gens lui ont offerte.

« Il y a eu beaucoup de retours. Dans le fond ç’a valu la peine tout le bénévolat que j’ai fait. Ma mère, mon père, les parents d’Éric, les voisins sont venus nous aider. Tous les parents des membres du Club de patin se sont mis ensemble pour ramasser de l’argent et sont allés voir le traiteur du village pour qu’il nous prépare des plats. Même nos amis sont venus cuisiner pour nous », détaille Lise, précisant que le vélo prend maintenant moins de place qu’avant dans sa vie, particulièrement parce qu’elle n’a plus aucune confiance aux autres cyclistes et automobilistes.

« J’ai beaucoup de limitations, mais ce n’est rien à côté de ce qui aurait pu être. On profite de la vie, car il n’y a pas de lendemain qui est garanti. »

Remonter en selle

En même temps qu’elle reprenait du poil de la bête, elle a poursuivi ses formations pour être entraîneuse communautaire en triathlon et les formations du Programme national de certification des entraîneurs. Cela l’a maintenu dans le milieu, même si elle ne pouvait pas s’entraîner de manière compétitive. Malgré tout, elle a réussi à reprendre la course en 2013, quelques mois après son accident. Lentement, mais sûrement, elle s’est entraînée et est arrivée à courir un 5 km à la Grande Vadrouille en septembre 2013.

Elle est retournée travailler comme superviseure des opérations de mini-entrepôt, un peu plus d’un an après l’accident. Cependant, les efforts physiques et les multiples voyages étaient rendus difficiles et la faisaient souffrir. En janvier 2015 lors de l’expertise demandée à la SAAQ, le médecin a jugé qu’elle n’était pas apte et l’a retirée de son travail. Tout comme lors du premier accident, le destin lui a envoyé un baume pour rendre sa vie plus douce et belle. Emmanuelle Laflamme, une collègue de Tri-O-Lacs ouvrait une pharmacie à Vaudreuil-Dorion. Comme elles s’entendaient bien sur le conseil d’administration du club, la pharmacienne lui a proposé de se joindre à son équipe.

Depuis plus d’un an, Lise Dubé s’épanouit dans ce milieu de travail. La course occupe encore beaucoup de place dans sa vie. Elle a complété son premier demi-marathon en septembre dernier à Montréal. Et depuis peu, elle a lancé le Club de course de la pharmacie. Elle entraîne et motive les neuf membres de ce Club, à mille lieues d’un club élite.

« Ce sont des amis, des employés et des connaissances qui n’iraient pas dans un club. Ce sont des gens que j’ai sollicités et invités dans notre club pour leur prouver que malgré une condition ou une maladie, ils sont capables de courir et de prendre leur santé en main. On parle de diabète, de maladie cardiaque, de troubles anxieux, d’asthme et de surplus de poids. On va courir le demi-marathon à la course Cédrose», souligne Lise à propos de ce club qui est sa plus grande fierté en ce moment.

Il est certain que Lise est plus que l’entraîneuse du Club de patinage de vitesse, de Tri-O-Lacs et du Club de la pharmacie. Quand on regarde Lise Dubé, on voit une femme de 52 ans en pleine forme qui a fait deux fois un pied de nez à la mort. Une athlète de la vie, qui suit son programme pour mordre à fond dans chaque occasion. Si elle a pu remonter en selle, rechausser ses souliers de course et réapprendre un pas à la fois, pourquoi ne serions-nous pas capables? Une source d’inspiration, particulièrement quand on la voit s’entraîner pour son premier marathon en septembre prochain, après être revenue de si loin.

3 Commentaires
  1. L’article est motivant et nous fait réfléchir. Nous ne te voyons pas souvent, mais nous pensons à toi régulièrement. Bravo Lise! Denise et Sylvain xx

  2. Bonjour Lise,
    Je suis Michel le père de Natalie et je ne t’avais pas vu depuis ton enfance.
    Suite à la lecture de ton cheminement depuis avril 2009, je tiens à te dire que tu es une femme remarquable avec beaucoup de détermination et de volonté.
    Je suis fier pour toi et aussi fier de toi d’avoir traversé tous ces épreuves.
    Je t’encourage à continuer la vie heureuse que tu mènes et je je dis bravo.
    Amicalement,

    Michel

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