Mélanie Godbout

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Près d’une décennie s’était écoulée depuis que Mélanie est passée de femme célibataire, sirotant son café en prenant le temps d’observer la beauté de la nature, à mère d’une famille nombreuse.

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Elle est, bien entendu, la mère du jeune Noah, 6 ans, qui l’aime « gros comme cinq personnes ».

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Dix ans plus tard, malgré les bourrasques et les tempêtes, elle est toujours là. Seule femme dans une maisonnée bourrée de testostérone.

À 30 ans, Mélanie Godbout a été propulsée dans le rôle de mère. Un rôle pour lequel elle n’était pas prête et dans lequel elle n’avait même pas le baume de se faire appeler tendrement maman. Dix ans plus tard, malgré les bourrasques et les tempêtes, elle est toujours là. Seule femme dans une maisonnée bourrée de testostérone.

Mélanie et son conjoint Daniel se sont rencontrés en juin 2007. Après une agréable soirée au restaurant entre amis, ils ne se sont plus jamais lâchés. Daniel avait déjà un fils de 4 ans, Timothée, qu’il prenait les fins de semaine. Le nouveau couple a passé l’été à apprendre à se connaître. Lors d’un voyage en Gaspésie, les deux amoureux se sont perdus en forêt et ont marché pendant 11 heures. Une mésaventure intense qui leur a permis de se rapprocher et de tisser des liens forts rapidement, comme si la vie savait que le couple aurait besoin d’être solide pour affronter ce qui allait suivre.

Adieu solitude

Le 17 août, jour où Mélanie célébrait son 30e anniversaire, Sylvie, la sœur de Daniel, s’est enlevé la vie. Comme elle était veuve, puisque son conjoint avait succombé à la bactérie mangeuse de chair l’année précédente, les trois neveux de Daniel âgés de 5, de 7 et de 9 ans se sont retrouvés orphelins. Rapidement, le couple a proposé aux jeunes garçons de s’occuper d’eux.

« Quand on a annoncé aux garçons qu’on les prenait, ils étaient dans leur cabane dans le bois. On a été les voir, et Daniel leur a dit seriez-vous contents si Mélanie et moi on prenait soin de vous? Les enfants ont dit oui à l’unanimité. Justin a ajouté : est-ce qu’on va pouvoir vous appeler papa et maman? J’ai répondu certainement, je ne vois pas pourquoi il y aurait un problème. » À partir de ce moment, le couple a fait du camping dans la maison des enfants à L’Île-Perrot pendant un an afin de ne pas les déraciner. Il a aussi fallu organiser rapidement la rentrée scolaire, septembre arrivant à grands pas.

« Quand Sylvie est décédée, elle est partie avec ma vie. »

À l’époque, la trentenaire venait de perdre son emploi chez Goodyear et était en recherche d’emploi. Elle n’est, finalement, jamais retournée sur le marché du travail. S’occuper de la maison, des trois enfants blessés par la vie et vivants avec un TDAH, et ensuite de son propre enfant, lui ont bouffé tout son temps. Surtout que son conjoint est courtier immobilier et qu’il travaille souvent les soirs et les week-ends.

Apprentissage ardu

Lors de notre rencontre en avril, près d’une décennie s’était écoulée depuis que Mélanie est passée de femme célibataire, sirotant son café en prenant le temps d’observer la beauté de la nature, à mère d’une famille nombreuse. En fait, elle a beau se démener dans la maisonnée, gérer les crises, faire de la bouffe pour une armée, en plus du ménage et du lavage, des devoirs, de faire le taxi pour les parties de hockey des gars, etc., elle arrive difficilement à définir son rôle.

Elle est, bien entendu, la mère du jeune Noah, 6 ans, qui l’aime « gros comme cinq personnes ». Avec les autres garçons, devenus de grands adolescents et de jeunes adultes, la relation est difficile. Il faut dire qu’elle n’a pas toujours été facile. Timothée, son beau-fils, la perçoit comme une tante parce qu’il la voit très rarement. Pour Nicolas, Justin et Tristan, les trois neveux, Mélanie était une parfaite étrangère quand ils se sont retrouvés sous son aile. Bien qu’elle soit comme une mère pour eux, le lien ne s’est pas vraiment créé. En fait, le lien s’est créé, puis s’est effrité et, tranquillement, il pourrait se recréer.

« Comment apprend-on à devenir une mère? Ça ne s’apprend pas, ça se vit. Quand ça arrive tout d’un coup, tu te débrouilles. Au début, je me voyais comme leur mère et je les appelais mes enfants. Ce qui m’a fait mal, c’est quand ils arrivaient avec leurs amis et m’appelaient Mélanie et disaient que j’étais leur tante. Je ne savais plus sur quel pied danser », de répondre Mélanie, qui remet à leur place les gens qui se permettent de la comparer ou de juger sa manière de faire.

« Des fois, j’ai envie de crier : lâchez-moi! »

Un métier loin d’être facile

Mélanie et son conjoint ont manqué de soutien dans cette aventure. Au début, ils ont consulté une travailleuse sociale et ont eu un suivi du CLSC, mais on leur disait que la réaction des trois neveux était normale. Rapidement, les nouveaux « parents » ont été laissés à eux-mêmes. Au début, Mélanie a développé un certain lien parental avec eux. Elle voulait les appeler « ses gars » et elle était prête à se faire appeler « maman ». Les difficultés ont quelque peu modifié leur relation. Mélanie a frappé un mur.

« Il y a une différence entre s’amuser avec les enfants et les élever. Je les vois, je les sens et ce n’est même pas moi qui les ai faits. J’ai des petites antennes hypersensorielles qui me disent qu’il se passe quelque chose. Ça, c’est sûrement le lien maternel. Mais non, ce n’est pas comme dans un film de Walt Disney. Ce n’est pas comme je me l’étais imaginé. Ce n’est pas beau et rose, mais c’est la réalité. C’est une réalité que personne ne peut comprendre », avoue la figure féminine du clan familial.

Pourtant, Mélanie est une femme forte, autant au niveau du caractère que physiquement. Chez Goodyear, elle travaillait en génie mécanique dans un milieu d’hommes, qui parfois ne faisaient pas dans la dentelle. Cela ne l’a pas empêchée de trouver rude la vie avec les neveux, dont le comportement est difficile et agressif. D’autant plus que la situation s’est envenimée lorsqu’elle est tombée enceinte. Le bébé n’a pas été bien accueilli par les grands.

« Quand on a eu Noah, on a consulté. J’ai compris que ça aurait pris une équipe pour prendre ces enfants-là. C’était des enfants endeuillés, mais qui avaient aussi des problèmes de comportement. C’était toujours la chicane dans la maison. Ils se donnaient des coups de poing, alors qu’ils n’étaient pas encore levés de leur lit », de souligner celle qui se définit comme une combattante.

« Une fois, j’ai été boire une bière avec les gars de la Goodyear, quelques années après la fermeture. Ils m’ont demandé ce que je faisais. Je leur ai répondu : je suis sur appel 24h/24, 7 jours sur 7, je n’ai pas d’assurances ni d’avantages sociaux et je ne suis même pas bien payée. Ils m’ont dit : Ben voyons donc tu travailles où? Je suis partie à rire en leur avouant que j’étais à la maison avec cinq enfants », raconte Mélanie. Selon elle, être mère à la maison est beaucoup plus difficile que le travail qu’elle faisait en usine.

Mélanie se sent seule, fatiguée et impuissante. Sa vie de couple est parfois en dents de scie… mais jamais elle n’a baissé les bras. « On est dans une vie où l’on consomme et l’on jette ce qui est brisé. On ne répare plus rien. Je suis pour le réparer. Dans le couple, c’est la même chose, je crois. Cela fait de meilleures histoires après », dit-elle, sourire en coin.

« J’éprouve encore un lien avec eux, mais eux je ne sais pas. Ce n’est pas très expressif un ado. »

Souffler un peu

Dix ans après que sa vie ait pris un tournant inattendu, elle fait un dur constat : elle a trop donné et ne s’est pas protégée. « Je ne m’attendais pas à être toute seule là-dedans. Quand j’ai pris la décision, je pensais qu’on aurait la famille autour, qu’on aurait eu de l’aide. Je pensais que ça aurait été gérable », dévoile Mélanie, les yeux embués. Par chance, l’une des tantes des neveux les prend chaque été afin d’accorder une pause à Mélanie et Daniel. Elle met également de l’argent de côté pour leurs études.

Dans la belle grande maison qu’ils habitent à Coteau-du-Lac, les enfants ne manquent de rien. Daniel gagne bien sa vie, suffisamment pour être le seul pourvoyeur. Chez Goodyear, Mélanie avait un très bon salaire, ce qui lui a permis d’épargner et d’acheter une maison à Saint-Zotique, qu’elle a vendue lorsqu’ils ont tous emménagé dans une maison plus grande. Elle a aussi vendu sa Beetle, sa moto et son matériel de plongée… Un peu tout ce qui la définissait comme femme.

« Quand mon fils Noah est né, j’ai pris une femme de ménage. Ç’a été dur sur l’orgueil. Quand tu es habituée de faire toutes tes affaires et que tu es obligée de prendre de l’aide, c’est comme si tu te disais que tu n’es plus bonne. Je commence à accepter et à aimer ça. Une chance que Daniel travaille fort et qu’il fait des sous, même si je chiale souvent qu’il n’est pas à la maison, car sinon je n’aurais pas pu avoir cette aide », révèle-t-elle.

Avant de m’accorder cette entrevue, Mélanie a pris le temps de bien réfléchir. Les enfants ont maintenant 6 ans (Noah), 14 ans (Timothée et Nicolas), 16 ans (Justin) et 18 ans (Tristan). L’adolescence n’est pas une période facile pour bien des parents. Une période meublée de problèmes de communication, de conflits, puis de jeunes adultes fermés, d’êtres en quête de liberté, de parents qui ne comprennent plus leurs jeunes… Mélanie, vivant dans cette dynamique, en plus de leur situation particulière, craignait d’être trop négative. Elle a accepté de parler de son expérience pour ventiler un peu, mais aussi parce que ce qu’elle a vécu peut aider les autres.

Pas de crise de la quarantaine

Mélanie aura 40 ans en août. Elle aspire à un peu de paix et de bonheur. Elle m’avoue qu’elle aimerait bien vivre une sortie agréable en famille à l’International de montgolfières de Saint-Jean-Sur-Richelieu. Un petit plaisir simple, mais qui signifierait beaucoup pour elle. Les occasions de sorties tous ensemble ne sont pas si nombreuses.

Les garçons disent que Mélanie est sévère. C’est vrai, elle ne s’en cache pas. Ce qu’ils ne savent peut-être pas, c’est qu’elle trouve ça plate d’être autoritaire. Elle aimerait bien retrouver la Mélanie d’avant. Celle qui aimait s’amuser et explorer. Celle qui n’avait pas besoin de faire de la discipline constamment. Parfois, lorsque Nicolas, Justin et Tristan vont passer l’été chez leur tante Chantal à Toronto et que Noah va au camp de jour, elle arrive à se ressourcer. Dès qu’elle le peut, elle va aussi voir des spectacles d’humour toute seule. Elle se fond dans le public pour vivre un moment de plaisir et de tranquillité d’esprit.

Le plus vieux des garçons part en appartement, cet été. Comme une mère, Mélanie en parle avec de la fierté dans les yeux et une pointe d’inquiétude dans la voix. Elle le regarde aller et lui donne quelques conseils. Le lien entre eux est peut-être flou, mais on sent bien qu’elle sera toujours là pour lui, comme pour tous les autres gars de la maison. Sa porte sera toujours ouverte, ses bras seront toujours prêts à l’aider à se relever, sans compter qu’elle lui dévoilera avec bonheur ses secrets de cuisine quand il l’appellera pour savoir sa recette de lasagne… Comme une maman.

10 Commentaires
  1. Élever des enfants quand c’est les notres n’est déjà pas facile…..alors lorsque la vie nous choisi pour élever des enfants trahi par la vie ouffff
    Je vous lève mon chapeau à tous les deux! Un jour espérons que la vie vous remerciera! Ces enfants réaliserons un jour tout ce que vous avez fait pour eux.

  2. Simplement wow. Tu es une femme très forte et généreuse. Ces enfants comprendront un jour et te seront certainement reconnaissants.

  3. Bravo belle nièce:) ton courage et ta disponibilité, un jours les reconnaîtrons tout tes efforts et Sacrifices xxx

  4. La job que tu as entreprise n’était pas facile….déjà beau que cela n’aie pas ruiné votre couple….assembler des morceaux d’un casse-tête disparate n’est pas évident si on veut en faire un seul dessin….
    J’admire Daniel depuis plusieurs années…. c’est un homme intelligent et probe…ce qui n’est pas le lot de tous les hommes de sa génération….
    Si il t’a choisie entre toutes, j’imagine qu’il avait vu en toi les qualités complémentaires à son caractère et la vie n’a pas encore démenti son choix….Bravo !!
    Prenez soin l’un de l’autre….profitez du temps que vous avez ensemble…dites à vos gars que vous les aimez…peu importe comment ils vous perçoivent..tante, amie ou gardienne…le mot amour garde toujours tout son sens et celui que l’on retient dans son coeur malgré le temps qui passe…Je n’ai pas le plaisir de te connaître Mélanie, mais je te fais une bise toute sincère….
    Soyez heureux…c’est mon plus vif souhait, gros bisous à Daniel de ma part..
    Sa vieille Mom de la Cage …xxx

  5. Je n’ai que des félicitations à offrir à Mélanie, avoir donné autant d’années de sa vie à ces enfants est incroyable, ce n’est pas tout le monde qui l’aurait fait, moi la première je n’aurais pas eu cette capacité.

    Sans elle et son conjoint, ces trois enfants se seraient sans doute baladés de foyer en foyer, ils leur ont offert une sécurité, il est à souhaiter qu’un jour ils sauront leur en être reconnaissants.

    Brave Mélanie, je te souhaite du répit et du courage pour continuer la route

  6. Ouf que de courage vous avez.; je l admire. Ce que je peux vous dire laicher pas ; ils comprendront un jour tout ce que vous avez sacrifiez pour eux.
    Bonne continuité et restez positif

  7. bravo MELANIE que du courage tu a ete une bonne maman un jour ils vont le realiser..tu leurs a rendu un immence service..il ne faut pas lacher ..ta grand maman THERESE t apprecie beaucoup …BRAVO de julie

  8. Salut à vous deux. Je me souviens d’être aller donner un très petit coup de pouce dans la maison de Sylvie avec toi Mélanie. Moi qui avait 3 garçons du même âge que les orphelins,je me disais à l ‘époque combien tu étais dynamique. Et bien 10 ans plus tard, je te lève mon chapeau. J’ai le goût de te dire de continuer d’aimer ta femme de ménage et de déléguer des tâches. Il faut, le plus souvent possible penser à toi. On dit dans l’avion de mettre son masque en premier avant celui de ton enfant…..tu connais la réponse..si tu n’es pas bien en premier, tu ne pourra pas être en mesure de continuer. Alors, penser à soi n’est pas un geste égoïste, c’est seulement une bonne planification de gestion mentale mis en banque. Tu as toute ma reconnaissance pour ce que as accompli et oui les ados c’est pas toujours jojo! Lâche pas et au plaisir!

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