S’exiler pour vivre son rêve

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S’exiler pour vivre son rêve
Caroline Lamarre

« On a tous la même pression, le même ennui de sa famille et ses amis. On partage tous la même passion. »

S’exiler pour vivre son rêve
Caroline Lamarre

« La distance fait qu’on ne se voit pas, et le fait de ne pas se voir ajoute une distance. »

S’exiler pour vivre son rêve
Caroline Lamarre

« Il y a beaucoup de gens qui pensent qu’on a une job de rêve, et avec raison, mais on fait beaucoup de sacrifices. »

Caroline Lamarre

À 33 ans, Caroline Lamarre sait ce qu’elle veut. Après des années à « bûcher » pour se frayer un chemin, la bonne voie s’est finalement révélée. Ceux qui la connaissent confirment qu’elle a assurément trouvé sa place au sein de la grande famille du Cirque du Soleil.

Oiseau de nuit depuis de nombreuses années, la jeune femme originaire de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot a su dès le secondaire qu’elle allait travailler dans le monde du spectacle. À 17 ans, elle a quitté le nid familial, un cocon, une bulle des plus chaleureuses et aimantes, pour vivre sa passion. À l’école de théâtre de Sainte-Thérèse, elle frappe un mur. L’expérience s’avère beaucoup plus ardue qu’elle ne l’aurait imaginé. Loin de sa famille et de ses amis, Caroline se ronge les sangs dans son appartement quelque temps, puis revient vivre chez ses parents, la mine basse, s’avouant vaincue.

Mais l’avenir lui réservait une vie bien plus excitante, une carrière qui allait lui permettre de voir le monde. Toutefois, avant d’y croquer à belles dents, elle a tenté sa chance dans divers emplois et vécu plusieurs expériences (démarrage d’entreprise, tournage d’une émission au Canal Évasion, restauration).

« Il y a beaucoup de gens qui pensent qu’on a une job de rêve, et avec raison, mais on fait beaucoup de sacrifices. »

Caroline s’était donc réorientée vers un mode de vie plus traditionnel. Elle s’est déniché un emploi comme caméraman reporter Web. Un domaine qui l’intéresse encore aujourd’hui, mais plutôt à titre de loisir. Elle a dû, pendant plus de trois ans, s’adapter au rythme de vie du travail de bureau. « Mais le 9 à 5, ça n’a jamais été pour moi », lance la passionnée de sensations fortes. Elle arrivait chaque matin, les traits tirés, la trace de la taie d’oreiller encore perceptible sur la joue. Néanmoins, elle a pu y combler un grand besoin, celui du contact humain. Caroline fait partie de ces rares personnes qui laissent une impression. Son sourire, son regard et sa gentillesse lui ont grandement servi au cours de ce bref parcours professionnel.

Faire un 180˚

Du confort de sa chaise, rivée devant son écran, à faire le montage d’innombrables capsules vidéo, elle contemplait l’éventualité d’un grand changement. Elle rêvait de voyager et de joindre le merveilleux monde du cirque. Elle a envoyé sa candidature à quelques reprises… sans succès. Puis, un jour, l’occasion d’y entrer par la porte arrière, soit par une agence employée par le Cirque du Soleil, s’est présentée. Elle s’en est posé, des questions, avant de faire le grand saut. Peur de regretter, peur d’échouer, peur de manquer d’argent. Au final, la jeune femme a évidemment consulté son entourage, sans toutefois se laisser influencer.

« La décision de changer le courant de sa vie va au-delà de ce que les autres pensent autour. Quand tu prends cette décision, de partir en tournée, tu comptes les pour et les contre », explique celle qui s’envolera bientôt pour Miami.

Heureusement, la transition s’est bien déroulée pour Caroline. Comme chaque nouveau spectacle commence à Montréal, elle a entrepris cette aventure tout près de la maison, avec l’équipe de Luzia. « La première fois, j’étais bien accompagnée. J’ai commencé “local” comme cirquador. Commencer par Montréal, puis Toronto, ça amène le processus en douceur », se souvient-elle.

Des sacrifices

Bien que la vie de tournée comporte de nombreux avantages (rencontrer des vedettes, voyager, être logée et nourrie dans les plus belles villes), Caroline confie que ce monde compte aussi plusieurs aspects difficiles. « Il y a beaucoup de gens qui pensent qu’on a une job de rêve, et avec raison, mais on fait beaucoup de sacrifices, comme vivre dans ses valises, être loin de sa famille, de ses amis et travailler des heures de fou. »

Et ces longues heures se poursuivent jusqu’au petit matin, le temps de rentrer à la « maison », décompresser et prendre un verre avec les collègues-colocataires-voisins-amis. Son horaire s’avère pour ainsi dire opposé à celui de ses parents, de sa sœur et de ses amis de longue date, ce qui complique toute communication. « Et le cycle de sommeil est différent. On est carrément sur une autre planète, c’est un autre monde. Alors, c’est plus difficile de se parler. »

« La distance fait qu’on ne se voit pas, et le fait de ne pas se voir ajoute une distance. »

Même si elle s’est rapidement liée d’amitié avec des gens extraordinaires qui partagent sa passion, elle ressent parfois le besoin de connecter plus profondément avec quelqu’un de familier, quelqu’un qui la connaît bien.

« Ce qui me manque le plus, c’est de partager mon quotidien d’ici avec mes amis. Le fait que t’as mangé une bonne bouffe, que tu as visité quelque chose de vraiment cool, d’incroyable. Partager tes bons coups. C’est un environnement que les gens ne comprennent pas nécessairement », dévoile-t-elle. Il devient difficile pour elle de connecter avec quiconque ne vit pas cette même réalité. « La distance fait qu’on ne se voit pas, et le fait de ne pas se voir ajoute une distance », déplore Caroline.

Nouveau monde

Pour Caroline, la rencontre de son partenaire a été déterminante. « C’est en moyenne 50 heures par semaine que tu passes avec cette personne, en plus du temps passé à l’extérieur du travail. En dehors de la job, c’est un ami parce que nos proches ne sont pas là… » Et le duo partage également la pression qu’ils subissent quotidiennement, ainsi que celle des démontages lorsque le chapiteau change d’emplacement. Le stress peut facilement devenir un ennemi puisqu’il tend à prendre le dessus sur les émotions, surtout en cas de fatigue. « C’est important d’avoir une bonne communication, faire attention au ton qu’on utilise… »

Caroline affirme avoir appris à se connaître davantage grâce à cette nouvelle carrière. « C’est un gros travail sur soi… Tu es mis à nu. Les vrais caractères sortent sous la pression. Rapidement, tu n’as plus de secret pour personne », dit celle qui a dû apprivoiser le lâcher-prise. « Je peux avoir un fort caractère. Je fonce dans la vie et j’ai trouvé mon égal. Au début, on était deux têtes fortes qui s’affrontaient. Tranquillement, on s’est adaptés. Chacun a son bagage d’expérience sur d’autres tournées. Maintenant, on forme une bonne équipe! »

Outre ses coéquipiers, Caroline a rencontré des centaines d’employés et leurs conjoints, d’abord sur Luzia, puis sur Volta. La Québécoise pure laine compte désormais dans ses amis proches des Brésiliens, des Américains, des Espagnols, des Allemands et bien plus encore. Si parler anglais l’angoissait au départ, la langue de Shakespeare s’avère aujourd’hui son meilleur allié, puisqu’il s’agit de la langue la plus utilisée au sein du personnel. Le langage ne représente donc pas de barrière en matière d’amitié, bien que les Québécois se soient naturellement regroupés.

« On a tous la même pression, le même ennui de sa famille et ses amis. On partage tous la même passion. »

Au cœur d’un appartement au 20e étage à Toronto, sa cuisine est devenue le point de rencontre, la centrale des rendez-vous post-workday. Caroline et sa colocataire reçoivent régulièrement de la visite impromptue. Les gens arrivent sans avertir, comme le ferait la famille.

« Les gens débarquent toujours à mon appart. Si quelque chose s’organise un lundi (la journée de congé de tous les employés), tout le monde est invité. T’es dans une nouvelle ville, il y a des concerts, des sports, des attraits… c’est super, mais un moment donné tu étouffes » dit-elle en riant. Autant elle apprécie énormément ses petits moments de solitude, autant elle aime fréquenter ses collègues dans un contexte différent du travail. « C’est l’fun aussi, décrocher… Même si on finit par parler de job quand même », s’exclame la chef d’équipe aux ventes et expérience client.

« On a tous la même pression, le même ennui de sa famille et ses amis. On partage tous la même passion. » Il est donc facile de trouver des points en commun avec ces nouveaux visages. « Même, avec les anciens collègues, on a l’impression qu’on se comprend juste à se regarder. »

Découvrir des panoramas à couper le souffle, visiter la prison d’Alcatraz, se faire tatouer, cuisiner sur le toit d’un édifice, chanter à tue-tête à une soirée karaoké constituent d’excellentes façons de créer de fabuleux souvenirs de ces amitiés florissantes. Et ce sont des amitiés que Caroline compte entretenir. D’ailleurs, sur sa seconde tournée, elle a déjà reçu la visite d’amies de la première tournée. Active sur les réseaux sociaux, elle attribue une grande importance à ces moyens de communication dans l’entretien de ses amitiés, autant les plus récentes que celles de longue date.

L’esprit léger

Au fil de son parcours au cirque, Caroline a réalisé qu’elle devait voyager léger. Elle a dû choisir méticuleusement les articles qui allaient la suivre en tournée. « On vit avec trois valises. J’ai trois valises et un vélo. Une cafetière espresso, très importante, des photos de ma famille et mes amis. Quand j’ai vu que ma vie entre dans un demi-locker, je pensais paniquer, mais moins on a de choses, plus on se sent libre. T’as les épaules plus légères. La tournée m’a appris que je n’avais pas besoin de tant de choses. »

Si l’aspect matériel a été mis de côté pour les besoins de la vie de tournée, le volet personnel, lui, la touche droit au cœur. « C’est sûr qu’il y a des choses qui vont me manquer : les petites choses, ma filleule qui grandit je vais manquer ça, confie-t-elle la voix nouée. Je me dis que c’est pour un moment… Ce qui est dangereux par contre, c’est que, la journée où tu mets le pied en tournée, tu ne te vois pas faire autre chose. » Entre ses vacances, Caroline utilise la technologie pour « voir » les siens : Skype, vidéo Messenger, textos…

Sachant que sa famille et ses vieux amis seront ravis de la retrouver à son retour, elle entend poursuivre son rêve, cette exaltante aventure, tant que le bonheur sera au rendez-vous.

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