Jacques Martel

Le travail de préposé aux bénéficiaires est méconnu. Souvent lorsque je parle avec des gens de ce que j’ai pu vivre dans cet emploi, ils sont très surpris. L’idée générale est que ce travail consiste à nourrir, laver et changer des culottes d’incontinence pour des personnes grabataires qui n’ont plus conscience de la réalité.

En effet, c’est une triste réalité, les maladies dégénératives existent et font perdre leurs moyens à n’importe quelle catégorie de gens. Parallèlement, il existe également des gens qui conservent toutes leurs facultés mentales jusqu’au grand voyage, seul le physique perd ses capacités.

Les émotions et les sentiments que l’on peut vivre avec ces personnes en perte d’autonomie sont nombreux : cela va de la joie à son contraire, joyeux d’aider madame X, qui est fière et coquette, à se faire belle pour la visite de ses enfants pour le dîner. Elle choisit ses vêtements, on lui dit qu’elle est tellement belle qu’elle va se faire un chum et elle de répondre: « Pffft! Voyons, vous autres là… » avec un sourire en coin. On l’aide à s’habiller, elle nous parle du passé, des souvenirs d’il y a longtemps, quand elle se préparait toute seule… Maintenant elle ne peut plus se coiffer et cela la rend triste. On l’encourage. Mais elle n’est pas dupe, elle se voit perdre ses capacités et son regard s’assombrit. Tout comme elle, mes yeux se mouillent un peu. Que puis-je changer à sa réalité? Rien, sinon l’accompagner dans la dignité et le respect.

Ce travail demande de la patience. Chaque personne est différente, leurs goûts le sont tout autant, et le tempérament l’est également. Cela est parfois un beau défi! L’humour peut alors aider dans certaines situations, autant avec la clientèle qu’entre collègues. C’est la beauté de ce travail, on doit savoir jongler avec les humeurs et les différents sentiments que peuvent éprouver ces personnes rendues vulnérables par la maladie.

Le travail d’équipe est primordial entre les différents titres d’emploi, c’est tout un défi parfois! Mais gardons en tête que le résident est LA raison d’être de notre travail.

Je vous partage une anecdote de mes débuts : je préparais la vinaigrette d’une dame dans sa chambre, elle me répétait souvent : « II n’y a que Maille qui m’aille. » Je souriais à ce clin d’oeil sur la marque de moutarde utilisée. Un jour elle est partie pour le grand voyage, sans bagage…

Quelque temps plus tard, je suis à l’épicerie et sur un pot de porcelaine offert en cadeau, il est écrit le slogan de la compagnie, je ne vous oublie pas Madame, quel clin d’œil!

Une autre dame qui est arrivée avec deux attelles. Ouf! Pauvre dame qu’on se disait, mais elle de nous dire: « Pourquoi m’en faire, sert à rien de m’énerver! » Voilà une belle leçon de vie!

C’était un aperçu du travail de préposé aux bénéficiaires.

Aucun commentaire pour l'instant

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Vous avez aimé cet article?

Abonnez-vous à notre infolettre et restez informé des dernières publications ajoutées.